Enjeux du cavalier

Un constat : le cavalier, que ce soit en compétition ou à la maison, voit sa performance et son plaisir équestre limités par plusieurs facteurs :

1393839_435531786558376_790404131_nEnjeux physiques

Des douleurs, parfois chroniques, l’empêchent de se servir de son corps, et d’utiliser ses aides avec la fluidité souhaitée. Par exemple, s’il souffre d’une douleur à la cheville droite, il va transférer une partie de son poids sur sa jambe gauche. Son haut du corps étant en déséquilibre vers la droite, il  aura tendance à tirer légèrement plus sur sa rêne gauche afin de rétablir sa position. Difficile dans ces conditions d’être précis et juste dans ses aides.

Le cavalier – comme tout être humain – subit un certain nombre  de douleurs plus ou moins discrètes, de restrictions de mobilité (terme employé en ostéopathie) qui influent subtilement sur sa posture.

Ces douleurs peuvent faire suite à des traumatismes physiques – chutes ou autres. Elles sont aussi le résultat de mouvements parfois réalisés dans l’effort, dans les limites ce que peut « encaisser » le corps sans en garder de séquelles. Aux heures passées à cheval s’ajoute souvent une liste de tâches physiques à effectuer à pied (entretien des boxes entre autres). Enfin, le couple cavalier / cheval étant dans un échange permanent, il se peut que la posture du cavalier s’imprègne des défauts d’attitude du cheval, en particulier de son manque de rectitude, que le cavalier compense parfois consciemment, subit souvent inconsciemment !

 

Enjeux émotionnels

La posture du cavalier est aussi sous l’influence de son mental, de ses émotions. La palette émotionnelle est très variée, et au cours d’une même journée de compétition, il peut passer par « toutes les couleurs ». Le stress n’est pas inhérent à un événement, mais résulte de la façon dont nous percevons et répondons à cet événement.

318668_117156995062525_1508026620_n
Photographe : Charlotte Aubry

Chacun vit son stress différemment: oublis de matériel, erreurs de parcours, ou encore symptômes physiques si caractéristiques et fidèles qu’ils en deviennent les partenaires gênants de toute une carrière…

De manière simple, on peut résumer ces enjeux émotionnels à 2 principales appréhensions :

ne pas réussir son épreuve, et ainsi risquer de décevoir ses proches, son équipe, ne pas satisfaire le propriétaire du cheval ou les sponsors éventuels, perdre la face, manquer ses qualifications, enjeux financiers etc.

se blesser, et/ou blesser son cheval, peur qui peut être nourrie par de précédents incidents.

 

Ces émotions interviennent de manière consciente et inconsciente. Le cavalier vit des désirs et émotions contradictoires : je souhaite franchir cet obstacle (partie consciente), mais si je me fais éliminer sur celui-ci, cela m’évitera de prendre le départ du cross qui m’a semblé si impressionnant… (partie inconsciente).
Ces émotions, ces conflits internes affectent directement la posture du cavalier.

Quelques exemples : la tête rentre dans les épaules, la respiration se fige, les battements du coeur s’accélèrent de manière disproportionnée, pouvant donner l’impression que la tête tourne ou que les muscles sont en coton. Les doigts se crispent sur les rênes, les actions sont plus dures, les gestes accentués, plus grossiers.

Posture et respiration sont intimement liées, et le stress se manifeste souvent dans la façon dont on respire (ou dont on ne respire pas !)

 

Photographe : Charlotte Aubry
Photographe : Charlotte Aubry

Votre cheval vous reçoit 5 sur 5

Si un cheval peut sentir une mouche se poser sur son garrot, vous pouvez imaginer avec quelle infinie précision il capte ces signaux. Signaux physiques bien sûr, qu’il perçoit par l’assiette et les membres de son cavalier, mais aussi physiologiques. En effet, le stress inonde le corps du cavalier d’hormones pour le préparer à assumer un effort violent et prolongé : la lutte ou la fuite.

C’est un héritage préhistorique : il se passe exactement la même chose dans notre organisme lorsque nous vivons un stress, que dans celui de l’homme des cavernes menacé par un dangereux prédateur. Ces hormones déclenchent une multitude de réactions adaptatives, favorables à l’effort physique (sensé assurer la survie de l’individu).

 

Le « nez dans le guidon »

L’une de ces réactions va cependant sérieusement desservir l’individu d’aujourd’hui, à savoir notre cavalier, qui, lui, n’est poursuivi que par son chronomètre. En effet, sous stress, le sang va quitter le cortex préfrontal – zone du cerveau dans laquelle la situation peut être appréhendée dans son ensemble, avec recul et sans stress, favorisant une prise de décision optimale – pour aller alimenter préférentiellement le tronc cérébral – zone axée sur la survie, et n’offrant que trois possibilités : la lutte, la fuite ou l’inhibition.

C’est ce mécanisme qui va priver le cavalier d’une grande partie de son talent le jour J. Il est bien sûr question ici des échéances importantes. Les nombreuses subtilités de son équitation, acquises par des heures, des années de travail, sont souvent shuntées au profit de gestes réflexes, de ce qu’il reste de son équitation lorsqu’il n’est plus en mesure de réfléchir. Avec l’expérience, le curseur se déplace, et il se réapproprie peu à peu une partie de cette subtilité, mais c’est un travail long et fastidieux, qui n’est pas toujours couronné de succès.